Rafael Nadal et Novak Djokovic, les « meilleurs ennemis »

La très longue rivalité entre Novak Djokovic et Rafael Nadal marque le tennis depuis plus de dix ans désormais (Photo : Australian Open)

54 ! Ce dimanche à Rome, Rafael Nadal et Novak Djokovic vont se retrouver pour un 54e affrontement sur le circuit. Depuis maintenant plus de dix ans ils ont livré des combats inoubliables sur les plus grands courts du monde.
Si la rivalité entre Roger Federer et Rafael Nadal est sans aucun doute tout en haut au panthéon du tennis, avec des matchs inégalables comme la finale de Wimbledon 2008 ou la finale de l’Open d’Australie 2017, l’opposition entre Rafael Nadal et Novak Djokovic est particulière par la dureté qu’elle dégage. Une opposition qui n’a pas la courtoisie et la bienveillance que celle entre Roger Federer et Rafael Nadal peut avoir, une rivalité émaillée de nombreux duels titanesques, on peut espérer en voir un nouveau ce dimanche. Dureté entre deux hommes qui ont ferraillé très tôt, dès 2006, deux hommes issus aussi de la même génération.

Une rivalité à part

Deux hommes unanimes sur la qualité de leur opposition, qui a obligé l’un et l’autre à se dépasser et à atteindre des niveaux de jeu incroyables, comme ceux vus cette semaine. Alors que Rafael Nadal prenait définitivement la main sur le tennis mondial en 2008 à Wimbledon, suprématie confirmée en 2009 à l’Open d’Australie avec sa victoire sur Roger Federer, il a vu un troisième homme arriver, le Serbe Novak Djokovic, d’abord sur dur et en salle, avec les victoires du Serbe sur l’Espagnol en 2009 à Cincinnati, puis à Bercy et au Masters, avant – graal ultime – de mettre en cause la suprématie de Nadal sur terre battue, la victoire à Roland-Garros en 2015 étant le point d’orgue de cette remise en cause. Novak Djokovic est arrivé à faire ce que Federer a tant eu de mal à faire dans sa carrière, faire déjouer Rafael Nadal, à l’image de la finale de l’US Open 2011, où il a martyrisé l’Espagnol sur son revers. Alors que Rafael Nadal était parvenu à renverser Roger Federer du trône de numéro 1 mondial – où il était solidement installé – il a subi l’arrivée d’un troisième larron, qui a su le faire déjouer à son propre jeu, usant l’Espagnol par sa qualité de défense et de contre. Le tennis de haut-niveau, une remise en question permanente…

Deux hommes qui ont aussi offert à la planète tennis des matchs de légende, trois viennent de suite à l’esprit, la finale de l’Open d’Australie 2012, que nous évoquons plus haut, la demi-finale
de Roland-Garros 2013, où Rafael Nadal parvient à garder la main, mais au terme d’une rencontre ô combien difficile. Enfin l’année dernière à Wimbledon, les deux héros ont offert un troisième match de légende en demi-finale, avec une victoire de Novak Djokovic. Une victoire particulière pour le Serbe, en battant Rafael Nadal, il démontrait de la plus belle des manières qu’il avait retrouvé son meilleur tennis :  » C’est difficile de trouver les mots. Je me remémore des éléments de ces 15 derniers mois et tout ce que j’ai traversé pour en arriver là, pour atteindre la finale et battre les meilleurs joueurs du monde. C’est l’un des plus longs matchs que j’ai jamais joué. Je suis
submergé par les émotions. Aujourd’hui, le match aurait pu facilement tourner dans l’autre sens. Très peu de choses nous séparaient et honnêtement, je ne savais pas qui allait gagner jusqu’au dernier point. J’y croyais, mais je savais qu’il était très proches et qu’il avait des opportunités. On vit et on travaille pour ce genre de matchs
. »

Djokovic, le seul qui a vraiment « titillé » le Roi de la terre

Novak Djokovic est aussi le seul à avoir menacé la suprématie de Rafael Nadal sur terre battue. Des matchs inoubliables entre les deux hommes et une montée en puissance progressive du Serbe sur la surface où l’Espagnol règne toujours de main de maître. Là encore, Novak Djokovic est le seul à avoir montré la résistance physique nécessaire pour supporter la puissance et l’agressivité de Rafael Nadal en fond de court. Après des matchs intéressants sur terre battue en 2008 notamment, où il a pris un set à Rafael Nadal à Hambourg, mais aussi à Roland-Garros où le temps d’une manche, il fait bonne figuration contre l’Espagnol, s’inclinant 6-4 6-2 7-6 (3). S’il est loin encore de renverser le roi de la terre, Novak Djokovic va réaliser les progrès nécessaires l’année suivante, inquiétant véritablement Rafael Nadal à plusieurs reprises.

2009, année pas comme les autres. Alors que Rafael Nadal est seul au monde sur le trône du tennis mondial, vainqueur de Roland-Garros et de Wimbledon en 2008 – au terme d’une finale de légende contre Roger Federer – il a aussi décroché la médaille d’or Olympique à Pékin – dominant Novak Djokovic en demi-finale – puis l’Open d’Australie en début d’année, là encore en renversant Roger Federer. C’est pourtant cette année là que sa suprématie sur terre battue va vaciller, avec plusieurs matchs dantesques contre « Nole » sur terre, à Monte-Carlo et à Madrid.

Sur le « Rocher », Rafa fait plier son rival mais lâche une manche 6-3 2-6 6-1, tandis qu’à Madrid, le choc est bien plus âpre entre les deux hommes, Rafael Nadal s’impose, 3-6 7-6 (5) 7-6 (9) mais dans un match où il a souffert sans doute comme jamais sur terre, sauvant des balles de match, une victoire à la Pyrrhus… Deux défaites encore pour Novak Djokovic, mais cette fois c’est certain, il est celui qui peut bousculer l’Ogre de la terre battue. Sa montée en puissance, ce n’est pas cette année-là qu’il la poursuivra, et ce n’est pas lui qui empêchera Rafael Nadal de remporter un cinquième Roland-Garros de suite. Battu au troisième tour porte d’Auteuil par Philipp Kohlschreiber, Novak Djokovic assistera à l’élimination « choc » de Rafael Nadal par Robin Soderling. Un montée en puissance qui va continuer en 2011, avec deux victoires pour le Serbe à Madrid et Rome, poursuivie en 2012, mais cette fois Rafael Nadal reprend la main en ne concédant aucune manche à Monte-Carlo et Rome. La finale de Roland-Garros valide cet état de fait, Rafael Nadal garde sa couronne en remportant la finale en quatre sets.

C’est en 2013 que les deux hommes vont livrer un immense combat en demi-finale des Internationaux de France, au terme d’un match d’une très grande intensité, Rafa s’impose 6-4 3-6 6-1 6-7 (3) 9-7. En 2014, la pression Djokovic se fait toujours forte en 2014, il domine cette fois
son rival à Rome en trois sets, mais s’incline en finale de Roland-Garros à nouveau, toujours en
quatre sets. 2015, année du renversement du roi Nadal, diminué cette année-là, l’Espagnol ne peut résister que le temps du premier set au Serbe en quart de finale de son tournoi, battu 7-5 6-3 6-1, il quitte le court Philippe Chatrier en roi déchu. Novak Djokovic devra pourtant encore attendre pour soulever la Coupe des Mousquetaires puisqu’il ne pourra rien faire contre un Stan
Wawrinka
des grands jours en finale. C’est l’année suivante, dans une édition marquée par
l’abandon de Rafael Nadal durant le tournoi, qu’il parviendra à remporter le seul Grand Chelem qui manque à son palmarès.

Un Rafael Nadal conscient de l’impact que Novak Djokovic a eu sur lui, il déclarait avant sa demi-finale de Madrid 2017 contre le Serbe : « Nous avons toujours des matches serrés et si nous jouons bien tous les deux, je crois qu’il n’y aura pas une grande différence de niveau. Djokovic est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire donc je sais qu’il faudra que je joue à mon meilleur niveau. Notre rivalité sur le court nous a forcément fait progresser tous les deux car ça nous oblige à être très exigeants envers nous-mêmes, a-t-il d’abord concédé, avant d’enchaîner : « Mais je crois surtout que cette rivalité nous a fait mal. Nous avons tous les deux privé l’autre de victoires et de titres importants.« 
Mais de cette rivalité « terrienne » entre les deux hommes, retenons avant tout la demi-finale 2013, un match d’une intensité que seuls les deux hommes peuvent fournir…

La résilience en partage

Si les deux hommes ont offert tant de grands combats, c’est parce qu’il sont capables d’encaisser aussi des coups durs. Tous deux ont en commun d’être revenus au sommet du tennis mondial, malgré les blessures, malgré le manque de confiance dans leur tennis et malgré les défaites. Rafael Nadal écrasé en 2015 par Novak Djokovic à Roland-Garros puis contraint à l’abandon l’année suivante, est parvenu à reprendre sa couronne pour réaliser la décima en 2017, confirmée en 2018. L’Espagnol est pourtant parvenu à revenir toujours plus fort, malgré les opérations et ses douleurs au genou, absent depuis son abandon en demi-finale de l’US Open contre Juan Martin Del Potro, il a remis le bleu de chauffe en début de saison, se qualifiant pour la finale à Melbourne, où il n’a rien pu faire contre un Djoko de gala.

Novak Djokovic est lui aussi parvenu à revenir au sommet alors qu’il était au « fond du trou », enchaînant les défaites inquiétantes à Indian Wells et Miami, mais remportant quelques semaines plus tard Wimbledon, puis réalisant le Golden Masters à Cincinnati et bouclant la saison à la place de numéro 1 mondial. Hors-norme.

Hors-norme, sa finale de l’Open d’Australie 2019 l’était tout autant. Ce jour-là, le Djoker écrasait Rafael Nadal dans un match qu’il avait éclaboussé de son talent. Ce dimanche, pourra-t-il dominer Rafael Nadal sur terre battue comme il l’a déjà fait par le passé ?



Catégories :ATP, Rétrospectives

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