Wimbledon 2008 : L’inoubliable finale.

Demandez à des passionnés autour de vous, quel est pour eux le plus grand match de l’histoire du tennis ? Vous entendrez très probablement parler de la finale 2008 de Wimbledon entre Roger Federer et Rafael Nadal, les deux légendes de notre sport… encore en activité cette année et qui vont s’affronter pour le 39e fois de leur carrière sur le grand circuit, la plus grande rivalité du tennis… et peut-être même du sport !

Nous sommes le 6 juillet 2008, la planète tennis est en émoi devant ce qui s’annonce être une grande finale à Wimbledon, opposant les deux hommes qui écrasent la concurrence. Roger Federer, numéro 1 mondial et déjà détenteur de 12 titres du Grand Chelem, affronte celui qui menace de plus en plus sa domination, le jeune Espagnol Rafael Nadal, 22 ans, quadruple tenant du titre à Roland-Garros et plus fort que jamais ! Un Nadal qui a écrasé l’opposition sur la terre battue parisienne, infligeant des »corrections » à des joueurs talentueux comme Fernando Verdasco (6-1 6-0 6-2), repoussant facilement l’étoile montante Novak Djokovic en demi-finale (6-4 6-2 7-6) et martyrisant un Roger Federer résigné, dans une finale où le Suisse n’a marqué que quatre petits jeux, 6-1 6-3 6-0. Mais Wimbledon, c’est le jardin de l’Helvète.

Quintuple tenant du titre au All England Club, Federer sait que son adversaire est de plus en plus dangereux sur herbe. Car il y a déjà un passif lourd entre eux sur le gazon londonien. Deux finales à Wimbledon, deux fois Roger Federer a dominé son fougueux rival. En 2006, quatre sets avaient déjà été nécessaires pour l’emporter, 6-0 7-6 (5) 6-7 (2) 6-3. L’année suivante, le maestro sentira le vent du boulet passer, et le temps d’une victoire en cinq sets, 7-6 (7) 4-6 7-6 (3) 2-6 6-2, il aura entrevu les progrès accomplis par le toro de Manacor sur la surface historique du tennis… Roger Federer a réalisé un parcours brillant au All England Club, ralliant la finale sans perdre un set et dominant des joueurs redoutables comme Robin Soderling, Lleyton Hewitt (vainqueur du tournoi en 2002), Mario Ancic et Marat Safin en demie. Au passage, il a aussi battu un Français, Marc Gicquel. Rafael Nadal n’a connu qu’un petit accroc pendant la quinzaine, mené un set à rien par le Letton Ernests Gulbis au second tour, il s’en était néanmoins sorti en quatre manches et avait filé ensuite sûrement en finale, sortant Andy Murray en quart. Un Nadal plus fort que jamais, un roi Roger Federer qui veut conserver sa couronne et une place de numéro 1 mondial en jeu, toutes les conditions sont réunies pour assister à un grand match.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la partie va tenir toutes ses promesses… Un match qui va éblouir, marquer, impressionner et forger une légende qui ne cessera de s’étoffer au fil des années. Le « prince » du tennis mondial Nadal contre le « roi » Roger, le scénario classique et tellement efficace du sport. C’est d’ailleurs cette posture que l’on ressent lorsque les deux joueurs entrent sur le Court Central de Wimbledon. Un challenger Rafa qui entre raquette à la main sur un pas déterminé, tandis que Roger, plus détendu salue la foule. L’Espagnol prend vite les commandes de la partie, imposant son rythme et breakant sur un revers complètement raté de Federer, celui-ci touchant à peine la balle. Courageux, il sauve une balle de set à 5-4, sur le service de Nadal et rate de peu une balle de débreak. Travaillant Federer sur le revers comme il sait si bien le faire, il le pousse à la faute et vire en tête (6-4). La réaction du Suisse ne se fait pas attendre au début de la deuxième manche, grâce à un passing de coup droit, il prend les devants… un avantage balayé par Rafa au septième jeu, debreakant en poussant le Suisse à la faute au filet (4-3). Un jeu de service catastrophique de Federer (à 1’12) offre le break à l’Espagnol sur un plateau. Il ne laissera pas passer l’opportunité de mener deux sets à rien (6-4 6-4).

Dominé, Roger allait-il trouver les ressources pour revenir ? L’on pouvait raisonnablement en douter. Mais les grands champions ont cette faculté de se sortir de situations bien mal engagées, pour ce faire, le Suisse va s’appuyer sur le coup qui l’a bien souvent sauvé, son service. Dans un troisième acte se jouant au jeu décisif (4’50), il va servir à la perfection, enchaînant les aces et haussant son niveau de jeu en coup droit. Un jeu décisif qu’il remporte facilement, 7 points à 5 grâce à un ultime… ace, le troisième du tie-break. Une partie du retard rattrapée, le Suisse va souffrir dans la quatrième manche et c’est à nouveau un jeu décisif qui départagera les deux hommes. C’est à ce moment que les deux légendes vont élever leur niveau de jeu pour enchanter le court central de Wimbledon… Un moment unique, silence, vidéo (à partir de 4-2, de 11’42 à 19’25). Un moment prodigieux, où Roger Federer a été une première fois au bord du gouffre à 5-2, service à suivre pour Rafael Nadal. Après avoir vu Roger revenir à sa hauteur, Rafa se procure une première balle de match à 7-6, la seconde, il se l’offre après un passing de coup droit monstrueux à 7-7, où il tombe à genoux et fait se lever le public…. Un point génial, suivi par un point non moins prodigieux, un passing de revers glissé par Roger Federer dans une toute petite lucarne et qui fait dire au commentateur britannique : « Oh my goodness ! » Inutile de traduire ! Deux génies au travail, c’est Roger Federer qui remportera finalement ce jeu décisif hors-norme, 10 points à 8, revenant à deux manches partout, 6-4 6-4 6-7 (5) 6-7 (8).

Un cinquième set de toutes les tensions, dans un match interrompu trois fois par la pluie, et qui a duré jusqu’à la tombée de la nuit. Si Roger Federer est le premier à s’offrir une balle de break à 4-3, puis c’est à lui d’en écarter une à 5-5. Les choses se décantent à 7-7 (19’26), Rafael Nadal met un coup d’accélérateur terrible, prenant à contre-pied Federer sur le premier point et se procurant deux balles de break sur un revers titanesque ! Deux occasions écartées par Federer, qui cédera finalement après avoir sauvé une troisième occasion, sortant un coup droit d’attaque. Après avoir sauvé une énième balle de match, il est 21h15 à Londres quand Roger Federer envoie un ultime coup droit dans le filet. Après quasiment cinq heures de jeu, la plus longue finale de l’histoire du tournoi, Rafael Nadal s’allonge sur le sol, les bras en croix, il vient de mettre fin à la domination du Suisse et remporte son premier titre à Wimbledon ! Alors que la nuit tombe sur Londres, c’est sous les crépitements des appareils photos qu’il pose avec le Wimbledon Trophy, aux côtés de Roger Federer. Le sceptre du tennis mondial vient de changer de mains.

Rafael Nadal monte sur le toit des cabines des journalistes pour saluer le Prince et la Princesse des Asturies. (PhotoAlan Crowhurst/Bloomberg via Getty Images)

Un match hors-norme qui a marqué pour toujours les deux hommes, quelques heures après le match, Roger Federer déclare : C’est la défaite la plus dure de ma carrière. Je suis cassé. Il n’y a pas de comparaison possible avec Roland-Garros. A Paris, ce n’était rien. Là c’est un désastre.« 

Avec le recul, Rafael Nadal déclara à nos confrères d’Eurosport : « Evidemment, cette finale 2008 reste un moment très important de ma carrière, ça a été un grand pas en avant. J’ai toujours dit que c’était probablement le match le plus fort émotionnellement de ma carrière, Tout le monde sait que gagner ici était un de mes rêves. C’était une immense satisfaction, quelque chose de difficile à comparer avec le reste de ce que j’ai pu accomplir. »



Catégories :ATP, Rétrospectives

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